OCT à domicile : vers une nouvelle façon de surveiller la DMLA ?

L’OCT, ou tomographie en cohérence optique, est devenu en quelques années un examen incontournable en ophtalmologie. Il permet d’obtenir des images extrêmement précises des différentes couches de la rétine et joue notamment un rôle majeur dans le diagnostic et le suivi de la dégénérescence maculaire liée à l’âge, ou DMLA.

Traditionnellement, cet examen est réalisé dans un cabinet ou un service d’ophtalmologie.

Mais une évolution pourrait progressivement modifier cette organisation : la réalisation d’OCT directement au domicile du patient.

Cette technologie est encore émergente, mais elle est désormais suffisamment avancée pour avoir fait l’objet d’études cliniques et d’une autorisation réglementaire spécifique aux États-Unis.

Elle pourrait préfigurer une évolution importante de l’ophtalmologie : passer d’un suivi reposant sur quelques examens réalisés à intervalles réguliers à une surveillance beaucoup plus fréquente de certaines maladies rétiniennes.

Pourquoi l’OCT est-il si important dans le suivi de la DMLA ?

Dans la DMLA néovasculaire, parfois appelée DMLA humide ou exsudative, des vaisseaux anormaux peuvent se développer sous ou dans la rétine.

Ils peuvent entraîner l'apparition de liquide au niveau de la macula, la zone centrale de la rétine responsable notamment de la vision fine et de la lecture.

L’OCT permet de visualiser ce liquide avec une très grande précision.

Chez les patients traités par injections intravitréennes d’anti-VEGF, l’OCT aide ainsi l’ophtalmologiste à évaluer l’activité de la maladie et à adapter le suivi et le traitement.

Le problème est que la rétine ne change pas nécessairement au moment où le patient vient à sa consultation.

Entre deux rendez-vous, plusieurs semaines peuvent s’écouler.

L’OCT réalisé en consultation constitue donc, d’une certaine manière, une photographie prise à un instant donné.

Et si l’on pouvait surveiller la rétine beaucoup plus souvent ?

C'est précisément l'idée de l'OCT à domicile.

Les dispositifs développés récemment sont beaucoup plus compacts que les OCT traditionnellement installés dans les cabinets d'ophtalmologie.

Le patient peut réaliser lui-même l'examen, sans qu'un professionnel de santé soit nécessairement présent à côté de lui.

Les images sont ensuite transmises et peuvent être analysées à distance.

Certains systèmes utilisent également des algorithmes capables de segmenter automatiquement les différentes structures de la rétine et de quantifier certains paramètres, notamment la présence de liquide intra-rétinien ou sous-rétinien.

Cela permet d'imaginer une surveillance très différente de celle que nous connaissons aujourd'hui.

Au lieu d'un OCT réalisé toutes les quelques semaines, certains patients pourraient théoriquement réaliser plusieurs examens entre deux consultations.

L'ophtalmologiste disposerait alors non plus de deux images séparées dans le temps, mais d'une véritable courbe d'évolution de la rétine.

Une technologie désormais reconnue par la FDA américaine

Une étape importante a été franchie en mai 2024.

La Food and Drug Administration américaine, la FDA, a accordé une autorisation De Novo au Notal Vision Home Optical Coherence Tomography System, créant une catégorie réglementaire spécifique pour les dispositifs d'OCT ophtalmologique destinés au monitoring à domicile.

Le système est notamment destiné à la surveillance de patients présentant une DMLA néovasculaire.

L'appareil permet au patient de réaliser ses propres OCT. Les images obtenues peuvent ensuite être analysées afin de quantifier l'évolution du liquide rétinien.

Il est important de comprendre ce que cette autorisation signifie, mais également ce qu'elle ne signifie pas.

L'OCT à domicile n'est pas destiné à remplacer l'ophtalmologiste.

La documentation de la FDA précise que le dispositif s'inscrit dans une stratégie de surveillance entre les consultations et que les informations produites ne doivent pas, à elles seules, conduire le patient à modifier son traitement.

Le rôle du médecin reste donc central.

Les OCT réalisés à domicile sont-ils suffisamment fiables ?

C'est évidemment l'une des principales questions.

Une revue systématique publiée en 2024 dans Frontiers in Medicine a analysé les données disponibles sur les systèmes d'OCT à domicile et d'OCT réalisés à distance.

Les auteurs ont identifié 12 études regroupant 3 539 participants.

Globalement, les études analysées montrent que la majorité des images obtenues à domicile étaient d'une qualité permettant leur interprétation.

Les chercheurs retrouvaient également une bonne concordance entre les OCT réalisés à domicile ou à distance et les OCT réalisés dans les structures de soins pour plusieurs paramètres rétiniens.

Les données disponibles suggèrent également que de nombreux patients sont capables d'utiliser correctement ces appareils après une phase d'apprentissage.

Cela reste cependant une technologie récente.

Les auteurs de cette revue insistent sur le fait que la littérature scientifique reste encore limitée et que davantage de données seront nécessaires pour déterminer précisément la place de ces dispositifs dans les différents parcours de soins.

Quel pourrait être l'intérêt pour les patients atteints de DMLA ?

L'intérêt potentiel n'est pas simplement d'éviter un déplacement.

Le changement le plus important concerne probablement la fréquence des mesures.

Une maladie rétinienne évolue de manière continue, alors que les consultations médicales sont nécessairement espacées.

Une surveillance à domicile pourrait donc permettre de détecter plus précocement certaines modifications anatomiques de la rétine.

À terme, on peut imaginer un système dans lequel :

  • le patient réalise régulièrement un OCT à domicile ;

  • les données sont automatiquement transmises ;

  • un logiciel identifie une modification inhabituelle ;

  • l'équipe médicale est alertée ;

  • l'ophtalmologiste analyse les images ;

  • et une consultation ou un traitement est organisé lorsque cela est réellement nécessaire.

Cela ferait évoluer le suivi d'une logique de rendez-vous programmés à intervalles fixes vers une logique davantage fondée sur l'activité réelle de la maladie.

Une médecine plus personnalisée ?

Cette évolution pourrait être particulièrement intéressante dans les maladies chroniques.

Deux patients atteints de la même pathologie n'évoluent pas nécessairement au même rythme.

Chez certains patients, la maladie reste stable pendant une longue période.

Chez d'autres, des modifications peuvent apparaître beaucoup plus rapidement.

La possibilité d'obtenir davantage de données entre deux consultations pourrait donc permettre, à terme, de personnaliser davantage la fréquence des contrôles.

Le principe pourrait également dépasser la DMLA.

Les études consacrées aux OCT réalisés à domicile ou à distance commencent à explorer leur utilisation dans différentes pathologies rétiniennes et dans d'autres maladies oculaires.

L'intelligence artificielle jouera probablement un rôle important

Un OCT peut générer une quantité considérable de données.

Si des milliers de patients réalisaient régulièrement des examens à domicile, il ne serait évidemment pas possible pour un ophtalmologiste de regarder manuellement chaque coupe de chaque OCT quotidien.

L'intelligence artificielle pourrait donc avoir un rôle de premier niveau.

Elle peut notamment aider à :

  • identifier les examens de qualité insuffisante ;

  • segmenter les différentes couches de la rétine ;

  • mesurer certains volumes ;

  • repérer l'apparition ou l'augmentation de liquide ;

  • comparer automatiquement un examen aux examens précédents ;

  • et signaler les situations nécessitant une analyse médicale.

Le modèle qui se dessine n'est donc probablement pas celui d'une intelligence artificielle remplaçant l'ophtalmologiste.

Il s'agit plutôt d'un système dans lequel l'algorithme analyse en continu de grandes quantités de données et attire l'attention du médecin sur les situations qui nécessitent son expertise.

Peut-on déjà remplacer les consultations par un OCT à domicile ?

Non.

Il est important de rester prudent.

Un OCT n'évalue qu'une partie de l'œil et ne remplace pas l'ensemble de l'examen ophtalmologique.

L'acuité visuelle, les symptômes du patient, l'examen clinique, l'analyse des autres structures de l'œil et le contexte médical restent indispensables.

Même dans les systèmes les plus avancés, l'OCT à domicile doit donc être considéré comme un outil supplémentaire de surveillance, et non comme un remplacement de la consultation ophtalmologique.

La FDA elle-même encadre le Home OCT dans cette logique de complément au suivi médical.

Vers une ophtalmologie plus continue

L'OCT à domicile illustre une transformation plus générale de l'ophtalmologie.

Pendant longtemps, la médecine reposait essentiellement sur des données recueillies lors de la consultation.

Les nouvelles technologies permettent progressivement de recueillir certaines informations entre les consultations.

La pression intraoculaire peut déjà, dans certaines situations, être mesurée à domicile.

L'acuité visuelle peut être surveillée grâce à des outils numériques.

Et l'imagerie de la rétine commence désormais à suivre la même direction.

Le cabinet d'ophtalmologie de demain pourrait ainsi fonctionner différemment.

Une partie des examens serait réalisée de manière automatisée ou à distance. Les données seraient comparées dans le temps. Les algorithmes aideraient à identifier les anomalies. L'ophtalmologiste pourrait alors concentrer davantage son temps sur l'interprétation des situations complexes, la décision thérapeutique et la relation avec le patient.

Un changement encore émergent, mais à suivre de près

L'OCT à domicile n'est aujourd'hui ni un remplacement de l'OCT réalisé au cabinet, ni un remplacement de l'ophtalmologiste.

Mais le fait qu'un tel dispositif ait désormais obtenu une autorisation réglementaire aux États-Unis marque une étape importante.

Les premières études suggèrent que des patients peuvent réaliser eux-mêmes des images OCT de qualité exploitable et que ces données pourraient être intégrées dans des systèmes de télésurveillance rétinienne.

Il reste encore de nombreuses questions concernant l'organisation des soins, le coût de ces technologies, leur intégration aux logiciels médicaux, leur disponibilité selon les pays et leur intérêt clinique à long terme.

Mais la direction est particulièrement intéressante.

Demain, le suivi d'une maladie rétinienne pourrait ne plus reposer uniquement sur la consultation du jour, mais sur l'analyse de son évolution entre deux consultations.

À OMMA Ophtalmologie, nous suivons avec attention ces innovations qui pourraient progressivement transformer le diagnostic et le suivi des maladies de la rétine.

Références scientifiques

1. Food and Drug Administration. Notal Vision Home Optical Coherence Tomography System. De Novo DEN230043. Décision du 15 mai 2024.

https://www.accessdata.fda.gov/SCRIPTs/cdrh/cfdocs/cfpmn/denovo.cfm?id=DEN230043

2. Food and Drug Administration. Notal Vision Home OCT System, FDA Review Decision Summary.

https://www.accessdata.fda.gov/cdrh_docs/reviews/DEN230043.pdf

3. Dolar-Szczasny J, Drab A, Rejdak R. Home-monitoring/remote optical coherence tomography in teleophthalmology in patients with eye disorders: a systematic review. Frontiers in Medicine. 2024;11:1442758.

PubMed :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39512616/

Article intégral :
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11540653/

DOI :
https://doi.org/10.3389/fmed.2024.1442758

Précédent
Précédent

OMMA Ophtalmologie présente le cabinet du futur

Suivant
Suivant

Qu’est-ce que la basse vision ? Causes, symptômes, solutions et parcours de soins à Paris